Zoom sur Capitaine Pape Youssou Paye « Fathié » : A la pointe du bonheur.

Youssou Paye
Capitaine Youssou Paye Asc Jaraaf

Zoom sur Pape Youssou Paye « Fathié » : A la pointe du bonheur. 

C’est l’homme providentiel du Jaraaf du Jaraaf dans les phases de poules de la Coupe CAF. Ayant démarré timidement la compétition en raison de blessures l’ayant handicapé, Fathié (son surnom) a guidé par la suite son équipe vers des succès que peu d’observateurs entrevoyaient. Il a d’abord marqué les esprits lors de la double confrontation ayant opposé son équipe au Salitas FC où, à l’aller comme au retour, il aura causé d’énormes soucis à la défense burkinabé et, ensuite, marqué le but victorieux ayant qualifié son équipe en quarts de finale. Un véritable retour en grâce pour un joueur particulier, car doté d’un gabarit impressionnant et techniquement outillé, qui a fait toutes ses classes au Jaraaf mais dont la carrière a connu des hauts et des bas en raison de blessures récurrentes et de périodes de méforme. 

Un Domou Jaraaf

Pape Youssou Paye « Fathié », à l’instar de Ciré Dia ou du regretté Jean Mendy, tous capitaines comme lui, est un Domou Jaraaf (fils du Jaraaf en wolof). Ayant passé toute sa petite catégorie dans ce club avec notamment un championnat en catégorie U-17 remporté en 2012, il est apparu en équipe première lors de la saison 2013-2014 alors qu’il venait aussi d’aider l’équipe de son quartier, l’ASC Damels (équipe du championnat populaire-navétanes), à remporter un trophée de champion de la très relevée zone 1, après près de 30 ans de disette pour cette ASC pourtant très populaire. C’est ainsi qu’auréolé de ce titre et de son parcours prometteur en petite catégorie du Jaraaf, il fit ses premières apparitions avec l’équipe première du Jaraaf en présaison lors Tournoi du Parlement que son équipe remportera et qu’il éclaboussera de son talent. Ce qui lui permit alors de gagner en galons dans l’équipe et de devenir un titulaire indiscutable. Attaquant excentré, il s’illustra fortement dans une saison qui aura aussi vu le Jaraaf révéler de jeunes et talentueux joueurs, Fidel Gomis, Ibou Diop, Alioune Beugny Tendeng et Alioune Fall. Une saison ponctuée par un titre de vice-champion au terme d’un duel âprement disputé avec l’AS Pikine qui fut championne et durant laquelle, il étrenna ses premières sélections en catégorie U20. Mais cette belle saison, Fathié (son surnom) ne la confirma pas. En effet, la carrière de celui que les amateurs du foot local considéraient comme le nouveau phénomène ne prit l’envol escompté, même s’il est vrai qu’il ne fut pas épargné par les blessures la carrière. Il a fallu attendre la saison 2017-2018 pour le voir revenir à son meilleur niveau et contribuer avec les Daouda Guèye Diémé, Ousseynou César Guèye et autres à la conquête du 12ème titre du Jaraaf marquant même le but du titre contre la SONACOS qui, ironie du sort, était à l’époque entrainée par l’actuel entraineur du Jaraaf. Une belle saison qu’il confirma ensuite lors de la saison 2018-2019 avec le brassard de capitaine qui lui était désormais confié. Le Jaraaf qui retrouvait les compétitions africaines après plus de quatre (04) années d’absence ne s’était pas montré ridicule en ligue des champions africaine en étant éliminé lors du dernier tour contre le Wydad de Casablanca et ensuite en tour de cadrage de la Coupe CAF contre le RS Berkane. 

Pour cette saison, les débuts ne furent pas faciles avec une blessure qui dit-il « lui aura fait prendre de l’embonpoint ». Resté sur le carreau pour plusieurs matchs en raison de sa blessure, il joua à son retour quelques bribes de match sans toutefois, comme il l’espérait, prendre véritablement le jeu à son compte. Ce n’est que contre le Casa Sport où on le voit revenir à son meilleur niveau. Match au cours duquel il parvient à provoquer un pénalty que transformera son coéquipier Madické Kane. Et depuis ce match, nous voyons un meilleur « Fathié », un joueur heureux et plein d’énergie, placé à la pointe de l’attaque du Jaraaf alors qu’il avait l’habitude d’évoluer sur les côtés.

Un repositionnement salutaire pour son équipe 

Il faut le dire. Ce regain de forme, est le fruit du travail personnel et acharné du concerné qui soutient qu’il faisait « deux séances d’entrainements par jour pour retrouver son meilleur niveau ». Cette performance à mettre également au crédit de son entraineur, le Mister Cheikh Gueye qui le prenait souvent à la fin des entrainements pour des séances individuelles et qui a su trouver les mots justes pour remobiliser les cadres du Jaraaf. Mais Cheikh Guèye, en plus de cela, a aussi procédé à des réaménagements tactiques en plaçant le poulain du regretté Ousmane Sy, ancien entraineur adjoint du Jaraaf, en pointe de l’attaque. Un réaménagement qui semble rendre plus heureux l’enfant de la Gueule-Tapée et de Soumbédioune en qui les supporters et dirigeants du Jaraaf fondent beaucoup d’espoirs.

Au plan collectif, ce repositionnement profite aussi à son équipe car il faut le reconnaitre, les attaquants du Jaraaf étaient en panne sèche malgré un début de saison très prometteur avec des réalisations de Bouly Junior Sambou, Matar Ndiaye et Abdou Ndiaye. La blessure du premier nommé combinée à la malchance et à la méforme des uns et des autres a ensuite engendré un coup de frein. N’eut été le milieu de terrain, néo international A, Madické Kane qui, d’ailleurs fait partie des meilleurs buteurs de l’équipe, le Jaraaf aurait du mal à scorer, même s’il convient de souligner aussi, à la décharge des attaquants que nombre de buts marqués par le natif de Ngor l’ont été sur des pénaltys et des coup-francs provoqués par ses attaquants, notamment Matar Ndiaye contre le FC Platinum. Madické Kane, tireur attitré de l’équipe, se chargeait alors d’exécuter de façon magistrale les sentences. Ce qui faisait de lui le meilleur buteur de l’équipe.

Il fallait, dès lors, trouver la bonne formule pour redonner de la vitalité et de l’efficacité à cette attaque du Jaraaf. Ce que Cheikh Gueye fit en plaçant Youssou Paye qui, habituellement jouait sur les côtés à la pointe de l’attaque. Ce réaménagement fut expérimenté pour la première fois contre le CNEPS Excellence (victoire 1-0) où le médinois laissa entrevoir de très bonnes dispositions même s’il n’est pas parvenu à marquer. Le même système fut reconduit contre le Salitas FC au stade Lat Dior de Thiès où cette fois-ci, il est entouré de Pape Abdou Ndiaye connu pour ses capacités de vitesse, de percussion et de dribbles, d’Ousmane Mbengue rusé et techniquement outillé dont la précision de passe est aussi chirurgicale et d’Albert Lamane Diène placé en position de meneur de jeu, son poste de prédilection. Un mélange agréable à voir jouer aidé qu’ils étaient par un Alioune Beugny Tendeng très inspiré, un Madické Kane, comme à son habitude était au four et au moulin et une charnière centrale composée de Koné et de Sylla intraitable malgré le talent des attaquants burkinabés porté par le sénégalais Olivier Boissy qui ne parviendront pratiquement pas, durant cette rencontre, à inquiéter le gardien de but, Pape Seydou Ndiaye.  Les latéraux Mbaye Seck et Jean Rémy Bocandé aussi, en étant souvent porté vers l’offensive, se retrouvaient bien dans ce système. Le premier ayant même délivré la passe décisive pour le premier but d’Albert Lamane Diène alors que Youssou Paye marquait lui le second but amplement mérité au vu de sa prestation où il aura donné du fil à retordre à ses adversaires en étant à l’origine de toutes les actions dangereuses de son équipe. Dans ce nouveau système, les autres attaquants, Makhtar Ndiaye, Amirou Kanté et Ousmane Sagna jouait aussi leur partition en rentrant en cours de jeu pour maintenir haut l’adversaire par un pressing incessant et placer des coups de butoir lorsque des possibilités de contre-attaques s’offraient à eux. 

Au sortir de ce match où le Jaraaf aura maitrisé son adversaire, un journaliste burkinabé alors admiratif face à cette prestation de haute volée de Pape Youssou Paye demandait à son entraineur quelles ont été les consignes qui lui étaient assignées. A cette question, Cheikh Guèye répondra en disant que lui et son staff étaient conscients que « l’équipe éprouvait des difficultés pour garder le ballon dans le camp adverse. C’est ainsi qu’ils ont décidé de le placer à la pointe de l’attaque sachant qu’en plus de son gabarit imposant, il est intelligent dans le jeu et est capable, de par ses capacités techniques et tactiques de conserver le ballon et de faire remonter ses coéquipiers. Ce qu’il a pu faire durant cette partie ». Même si son entraineur reconnaissait également que son poulain n’est pas encore à 100% sur le plan physique et qu’il lui fallait travailler encore pour retrouver son poids optimal. 

Mais le Jaraaf avait trouvé la formule gagnante. Le système a été reconduit au Bénin lors de la 4ème journée contre le Salitas FC avec un Fathié plus facilement trouvé par ses partenaires. Il marqua, du coup, un somptueux but dès la 9éme minute sur une excellente reprise à 30 mètres des buts. Une frappe « zlatanesque » alliant à la fois surprise, puissance et précision. Dans le match, quand le Jaraaf attaque, cela se termine avec quatre éléments dans la surface adverse. Forcément, cela augmente les chances de marquer. Le système reconduit face à l’Etoile Sportive du Sahel aura également permis au Jaraaf de se qualifier avant le terme de ses phases de poule avec, à la clé, encore un autre de but, cette-fois-ci, tel un renard de surface. Tout un symbole pour celui dont le replacement à la pointe de l’attaque aura bénéficié à toute son équipe. Il prouve ainsi que le Jaraaf pouvait bien compter sur lui pour cette saison où son club sera sur plusieurs fronts et aura plus que jamais besoin de ses tauliers.