AVANT BOCANDÉ, DIOUF ET MANÉ, MBAYE FALL FUT LA STAR DU FOOT SÉNÉGALAIS

Son redoutable talent de buteur,l’attaquant – vedette du Jaraaf de Dakar et de l’équipe nationale de football des années 1970 – 80, n’a malheureusement jamais eu l’opportunité de le démontrer à la face de l’Afrique en phases finales de Can

Ses grandes qualités de footballeur et son redoutable talent de buteur, Mbaye Fall, attaquant – vedette du Jaraaf de Dakar et de l’équipe nationale de football des années 1970 – 80, n’a malheureusement jamais eu l’opportunité de les démontrer à la face de l’Afrique en phases finales de Can. « À l’époque, c’était beaucoup plus compliqué que maintenant de se qualifier à une Coupe d’Afrique des Nations. Surtout que la phase finale ne regroupait que 8 équipes dont celle du pays organisateur. Ce qui fait qu’il ne restait que 7 places à prendre », justifie l’ancien attaquant du Jaraaf devenu international à 19 ans et qui avait étrenné sa première cape lors de la victoire 2 – 1, le 25 juillet 1971, face à la Sierra Leone. « Depuis, avec 12 équipes finalistes lors de « Sénégal 92 », puis 16 et maintenant 24 depuis « Egypte 2019 », même une équipe qui finit 3ème de sa poule peut se qualifier ».
Autre facteur limitant, selon ce génial footballeur que les spécialistes classent parmi les tous meilleurs que le Sénégal ait jamais vus naître, la formule des éliminatoires. « Avant, c’était à coups de double confrontations alors que depuis plusieurs années, c’est sous forme de poules souvent de 4 que les qualifications se jouent ». Selon Mbaye Fall, l’actuelle formule offre plus de possibilités de se rattraper sur la durée, en cas de contreperformances. « On passait très souvent le premier tour. Mais au deuxième ou au dernier tour, on tombait sur des équipes nord-africaines qui avaient plus de métier voire plus d’astuces de toutes sortes pour nous éliminer », regrette-t-il. En plus, vu le règlement alors en vigueur, une équipe ne pouvait aligner que deux expatriés. « Je me rappelle d’un Sénégal – Tunisie où seuls Badou Gaye et Locotte avaient pu jouer et pas Ibrahima Bâ « Eusebio ». Or maintenant, on peut ne convoquer que des expatriés ».
Mbaye Fall se souvient plus particulièrement d’une double confrontation Maroc – Sénégal en 1973 où les Chérifiens s’étaient largement imposés à l’aller (4 – 0) dans le froid de Fez. « Au retour, on a voulu leur rendre la monnaie de leur pièce en les amenant à Kaolack pour les faire souffrir de la chaleur ambiante. Ils étaient venus avec des maillots à mailles, et bien que nous ayons gagné grâce à 2 buts de Christophe Sagna, c’était insuffisant pour passer », se rappelle-t-il.

Elégant, racé et efficace
Sinon, Mbaye Fall estime qu’il aurait peut-être pu être de la Can 86 en Egypte. Sauf qu’il avait raccroché ses crampons 3 ans plus tôt, histoire de laisser à la postérité le souvenir de l’attaquant élégant, racé et efficace qu’il avait toujours été. C’est après la demi-finale retour Kotoko de Kumasi – Jaraaf où il avait pour la première fois été remplaçant chez les Vert et blanc, qu’il avait jugé que l’heure de la retraite avait sonné. « Je me suis dit qu’il était temps de laisser la place aux plus jeunes. J’ai alors décidé de partir à 33 ans », explique-t-il. Pourtant, des joueurs de sa génération avaient bel et bien disputé cette Can qui marquait le retour du Sénégal au banquet continental, 18 ans après celle de 1968 en Ethiopie, tels Boubacar Sarr « Locotte » ou Christophe Sagna.
Mais il n’en garde aucune amertume, convaincu qu’en football comme dans tous les secteurs de la vie (dont le métier de transit qu’il a embrassé après et où il exerce depuis 18 ans), il faut parfois compter avec la chance. Le mérite aussi, sommes-nous tentés d’ajouter. Car, lui qui n’a jamais été professionnel (il a juste évolué à Saint Quentin en National en France, malgré les sollicitations de clubs pros comme Lille ou Reims)… Lui qui était parti en France justement, en 1974, parce qu’un touriste français qui avait entendu parler de lui comme le meilleur footballeur sénégalais de l’époque et s’était présenté au stade « armé » de sa photo, s’était démené comme un beau diable pour le convaincre de franchir le pas… Lui qui ne s’entrainait que moins de 2 heures par jour sur le terrain sablonneux de l’Ecole Médine, après ses cours au Lycée Maurice Delafosse… Lui qui jouait essentiellement pour le plaisir… Lui qui avait toujours privilégié les études par rapport au football… Lui qui, donc, n’a jamais disputé de phase finale de Can, est tout de même considéré comme l’un des meilleurs footballeurs sénégalais de tous les temps. « Que l’on me classe à côté de joueurs comme Sadio Mané, Bocandé ou Diouf qui sont ou ont été des professionnels au plus haut niveau, est une belle reconnaissance pour moi », dit-il.
Seigneur sur les terrains, Mbaye Fall l’est resté dans la vie. Désormais, il compte partager son expérience en montant un centre de formation. Heureux sont les jeunes qui grandiront sous sa coupole. Pour modèle, ils ne pourront trouver mieux.

Et dire que ce surdoué du ballon rond a failli être basketteur…
Dans l’histoire du football sénégalais, Mbaye Fall restera comme l’un des plus doués toutes générations confondues. Avec le Jaraaf ou avec l’équipe nationale des années 1970 – 80, il a été un redoutable buteur ; mieux un joueur complet. Formé à … l’école de l’Uassu, il aurait également pu devenir basketteur, voire handballeur. Le ballon rond sénégalais aurait raté l’un de ses plus beaux joyaux.
Lorsqu’on lui demande si, comme le disait un ancien footballeur très talentueux, il n’était pas « né trop tôt », Mbaye Fall esquisse un sourire et répond clairement que « non ». « Puisque, ajoute-t-il, en toute chose le facteur chance intervient d’une manière ou d’une autre. Voyez, dans mon secteur d’activité qu’est le transit, depuis 18 ans que j’y suis, il y a beaucoup de personnes qui y sont arrivées bien après moi et qui possèdent des immeubles ou des hôtels. Ce qui n’est pas mon cas ». Il a vécu sa vie de footballeur et continue de vivre tranquillement sa vie, fier d’avoir réussi le parcours qui est le sien.
Mbaye Fall, attaquant du Jaraaf (« je jouais soit comme 9 soit comme 10 », signale-t-il) des années 1970 – 80 est incontestablement l’un des footballeurs sénégalais les plus doués de la période post-indépendance. International à 19 ans, en 1971 face à la Sierra Leone, il a définitivement remisé ses crampons en 1983, à 33 ans. C’était relativement jeune, non ? « Oui, acquiesce-t-il. C’est lorsqu’à la demi-finale retour de Coupe d’Afrique des clubs Kotoko de Kumasi – Jaraaf au Ghana, j’avais été remplaçant que j’avais compris qu’il était temps pour moi de me retirer et de laisser la place aux plus jeunes », explique-t-il. Très grand footballeur, Mbaye Fall n’avait pas voulu faire le match encore moins la saison de trop. C’est peut-être pourquoi, aujourd’hui encore, son nom revient à chaque fois qu’on cite les meilleurs footballeurs sénégalais de tous les temps. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que certains spécialistes l’aient inscrit dans le meilleur onze sénégalais possible depuis l’indépendance. Pour quelqu’un qui ne s’entraînait qu’une heure par jour au terrain de l’Ecole Médine, en fin d’après-midi après les cours, dribbler tous ces pros qui lui ont succédé sur les terrains pour figurer dans l’équipe – type du Sénégal, ce n’est pas banal comme performance.
Footballeur professionnel, Mbaye Fall n’a d’ailleurs jamais voulu l’être. Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui lui avaient fait défaut. Car, de 1974 à 1978, il avait évolué en championnat amateur en France, à Saint-Quentin. Celui qui rappelle qu’il claquait alors « 26 à 28 buts par saison et était à chaque fois meilleur buteur» avait eu des contacts avec des clubs comme Reims, Lille ou Thonon-les-Bains où vivait un certain Louis Gomis, autre superbe footballeur sénégalais. « Mais, même comme amateur et en plus de mon boulot et de mes études auxquelles mes parents tenaient particulièrement, je gagnais plus que ce que ces clubs pros me proposaient. Alors, cela n’en valait pas la peine », note-t-il sans regret. Sur les conditions de son départ en France, Mbaye Fall a une anecdote amusante. Selon lui, un Français passionné de foot en vacances au Sénégal s’était un jour présenté au stade muni de sa photo à lui Mbaye Fall, parce qu’on lui avait dit que c’était le meilleur footballeur sénégalais du moment. Et il avait entrepris de le faire partir en France. Ça tombait bien : l’attaquant du Jaraaf aussi avait fortement envie d’aller faire admirer son talent en Europe. « Comme à l’époque, c’était plus facile puisqu’on n’avait même pas besoin de visa pour aller en France, cela s’était vite fait ».

Des goûts et des couleurs
Joueur technique, habile des deux pieds et d’une adresse diabolique devant le but, Mbaye Fall refuse cependant de se situer dans la hiérarchie des footballeurs sénégalais ou de se comparer à qui que ce soit. « Vous savez, tout cela est très subjectif. D’ailleurs, je connais au moins 2 joueurs totalement inconnus du grand public qui, de mon point de vue, sont meilleurs que toutes nos célébrités du ballon rond dont moi-même. C’est comme pour les goûts et les couleurs », note-t-il. La preuve, il ne connaît pas son nombre exact de sélections en équipe nationale, encore moins le nombre de buts inscrits en club et en sélection. Même les titres remportés avec le Jaraaf, il ne se les rappelle pas exactement. « Quelques victoires en Coupe du Sénégal (en 1973, 1981 et 1982 Ndr) et en championnat national (en 1982 Ndr) », parvient-il juste à dire.
C’est que Mbaye Fall s’est beaucoup déconnecté du football. « Je ne vais même plus au stade voir les matches ». Mais, il reste un conseiller du président du Jaraaf, Cheikh Seck. Et, super bonne nouvelle, il envisage de revenir dans son « milieu naturel » et partager son expérience à travers un projet qui lui tient particulièrement à cœur : mettre en place un centre de formation. « Je pense qu’il est temps que je m’investisse davantage », se décide-t-il, convaincu de franchir le pas par un de ses enfants « malheureux » de constater que malgré tout ce qu’on lui a raconté sur son père en tant que footballeur, celui-ci n’en fasse pas profiter aux plus jeunes.
Ce serait peut-être sa contribution à l’essor du football sénégalais dont il a été l’un des plus beaux spécimens à travers les âges. Mbaye Fall se félicite d’ailleurs que les centres de formation existant aident à combler un tant soit peu « le cruel manque d’infrastructures de qualité qui plombe le développement de nos clubs ». Selon lui, tous les clubs professionnels devraient disposer de centres de formation. Il faut aussi changer de méthode de gestion des clubs pour espérer les voir décoller.
Ce n’est pas qu’il soit nostalgique, mais Mbaye Fall est d’avis que beaucoup de choses ont changé ; mais forcément pas dans le bon sens. « Au début, j’étais plus basket que foot. J’étais avec les Demba Ndir, Serigne Der et autres Thioub. Et j’excellais même au handball », rappelle-t-il. Alors, qu’est-ce qui l’a décidé à opter finalement pour le football ? « C’est un certain Grand Mbodj avec qui j’ai joué dans l’attaque du Ceg (Collège d’enseignement général, Ndr) Malick Sy qui m’a inspiré. C’était mon modèle ». On peut donc remercier cet ancien super attaquant de l’Us Gorée d’avoir sorti Mbaye Fall des parquets pour le projeter sur le rectangle vert.
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